Arnaud Boissières

A 46 ans, le skipper de La Mie Câline-Artipôle change de monture et s’apprête à foiler direction Pointe-à-Pitre. Figure du tour du monde en solitaire qui rythme sa vie depuis plus de 10 ans, Arnaud Boissières ne cache pas son énorme ambition : performer et faire rêver ! Portrait. 

« Il y a quatre ans, je participais à La Route du Rhum – Destination Guadeloupe en Classe 40 afin de garder le rythme et montrer ma hargne à vouloir être sur l’eau. C’est malheureusement une route du cidre que j’ai bouclé avec un bateau peu abouti et un projet trop fébrile. Cette année je compte bien arriver au bout et  attendre mes concurrents avec quelques Ti-punchs d’avance…. »  Cali alias Arnaud ou Arnaud alias Cali ? Les deux mon capitaine ! »

Qui est vraiment Arnaud Boissières ? 

Arnaud alias Cali, le Capitaine Arnaud tout droit sorti d’un dessin animé, jamais avare d’un bon mot, facétieux à ses heures et fidèle en amitié ?

Ou Cali alias Arnaud, insatiable meneur de projets, chef d’équipe, compétiteur tenace, ancré aux Sables d’Olonne depuis 2007 dont il est devenu une figure populaire indiscutable ?

« J’en joue moi-même ! À bord, je suis tour à tour Cali le farfelu et Arnaud le gars sérieux, appliqué. Le yin et le yang ! Quand les gens me croisent dans la rue, ils m’appellent Cali, c’est enfantin et ça ne me dérange pas, ça crée une proximité. Mais quand je vais voir mon banquier, je m’appelle Arnaud  ! » 

L’histoire de ce marin de 46 ans n’est pas le glissement d’un personnage vers l’autre. Il a toujours porté en lui les deux facettes. La gravité, il la connaît depuis cette leucémie dont il réchappe à l’adolescence.

Nous sommes en 1989, son père l’emmène sur les pontons des Sables d’Olonne voir les aventuriers du premier Vendée Globe. Distraction ? Révélation ? Les deux, sans aucun doute. Remis sur pieds, Arnaud goûte volontiers la douceur de vivre et l’insouciance des régates à Arcachon, son terroir. Mais son véritable territoire, il le trouve à l’extérieur des passes, sur l’océan.

Très jeune, il convoie des catamarans sur l’Atlantique, aime le rythme du large, ses petits bonheurs et ses difficultés. Viennent vite les « années Mini ». Après un démâtage en 1999, il enchaîne sur un proto dernier cri et signe un joli podium en 2001. À Arcachon, Yves Parlier lui permet de se faire la main en convoyage sur Aquitaine Innovations, la Roll’s des 60 pieds Open de l’époque. «  Ces grandes luges sont définitivement géniales  » se dit Arnaud qui n’a pas honte d’avouer déjà ses rêves de Tour du monde.

Le format de la Solitaire du Figaro lui réussit moins mais il embarque avec Kersauson, Chabaud, skippe le maxi IRC Solune, et multiplie les expériences.

Puis en 2008, en terminant 7ème de cette première grande boucle, le Vendée Globe, Arnaud Boissières force le respect. Quand d’autres cultivent la souffrance et la plainte, Cali sort de sa coquille et trouve toujours les bons mots pour faire partager son bonheur d’être en mer. Son deuxième Vendée Globe en 2012, terminé 8ème, confirme qu’il faut compter avec lui. Arnaud fait partie de ces skippers qui font du bien à la course, en humanisant un sport dont l’aspect mécanique reste souvent mystérieux pour le grand public. « C’est un privilège d’être là » répète à l’envi l’intéressé qui n’oublie pas d’où il vient et sait ce qu’il veut. Terminer son troisième Vendée Globe en 10ème position lui permet de partager avec Armel Le Cleac’h le titre d’uniques marins du Vendée Globe à boucler trois fois consécutives cette course en solitaire autour du monde et sans escales.

Cette dernière prouesse révèle le chef de projet incontesté qu’il est. A l’issue de cette dernière course, Arnaud Boissières relance la machine auprès de ses partenaires engagés sur la campagne 2016 – 2017 afin de les emmener ensemble vers de nouveaux défis : la performance et le rêve de victoire.

C’est ainsi que le chef d’entreprise aux allures de marin, Arnaud alias Cali ou Cali alias Arnaud, regroupe deux co-partenaires, La Mie Câline et Artipôle, ainsi qu’un ensemble d’une trentaine de partenaires pour le Défi 2020, une campagne à foils de la Route du Rhum au Vendée Globe.

En juillet 2017, Arnaud fait l’acquisition de l’ex Kilcullen-Voyager, construit à l’époque pour Mike Golding qui participe aux éditions 2007 et 2012 du Vendée Globe, avant de partir sous les couleurs de l’Irlandais Enda O’Coineen en 2016.

Ce bateau bien né n’attendait que ça, une petite cure de Jouvence pour aller titiller les foilers derniers cris. Quel meilleur défi pour Arnaud, notre compétiteur à l’appétit sans fin que de transformer ce plan Owen Clarke à dérives en un foiler performant.

Ce n’est pas seulement un chantier de suppression de dérives qu’Arnaud et Michel Desjoyeaux ont lancé ; nous parlons là d’un refit intégral et complet où n’est gardé que le meilleur : une carène et un roof aux lignes agressives. C’est à Port La Forêt dans le chantier naval Mer Agitée que l’IMOCA La Mie Câline – Artipôle va être modifié, transformé, amélioré : passage de safrans fixes à safrans relevables, nouveau mât CDK reculé sur le pont, modification des cloisonnements de ballast, et intégration de foils à rek réglables.

Le Défi 2020 est lancé. La participation à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2018 est le premier objectif sportif qu’Arnaud doit relever. Le projet est solide, la concurrence est rude et le skipper est là pour faire ses preuves à bord de son nouvel oiseau bleu et jaune. Il n’est plus question « d’observer comment se comporte la meute des nouveaux foilers », le 4 novembre 2018, Arnaud espère pouvoir ouvrir la route aux cotés des meilleurs.